Le lycée Condorcet : Histoire

Le lycée Condorcet, fondé en 1803, est l’un des quatre plus vieux lycées de Paris et l’un des plus prestigieux. Son cadre est pour partie un monument classé puisque lui furent attribués les bâtiments du couvent des capucins de Saint-Louis d’Antin, réalisé dans la décennie 1780 par le célèbre Brongniart et devenu « bien national » dès 1789.

pasted image 361x228Brongniart était toujours en activité lorsque le cloître fut transformé en lycée et c’est lui (cas sans doute unique) qui fut chargé des travaux d’appropriation. Pendant la plus grande partie du XIXe siècle, sous des dénominations changeantes (Bonaparte, Bourbon, Fontanes), le lycée a été le « grand lycée libéral » de la rive droite et Zola en a fait une description célèbre dans La Curée.

N’ayant pas d’internat, Condorcet bénéficiait d’un régime disciplinaire relativement souple, qui le faisait choisir pour leurs fils par les familles de la bourgeoisie progressiste. Protégés par le cloître de Brongniart des activités marchandes du quartier, les élèves de Condorcet se sont toujours intéressés aux choses de l’esprit et notamment à la littérature, souvent envisagée d’une manière extrêmement moderne (il faut dire que certains de leurs professeurs, Stéphane Mallarmé, Paul Desjardins, Paul Bénichou, ont été de véritables éveilleurs).

On ne compte plus les anciens élèves devenus écrivains, de Verlaine à Proust, de Labiche à Vallès, de Laforgue à Cocteau, de Vigny à Valéry, de Martin du Gard à Obaldia. D’autres se sont illustrés en philosophie (Bergson, Brunschvicg, Aron, Lautman, Lévi-Strauss), dans les sciences et les techniques (Louis Renault, André Citroën, Marcel Dassault, Jean-Paul Guerlain), les arts (Toulouse-Lautrec, Poulenc, Nadar, Cartier-Bresson, Buren) –et même la chanson (Serge Gainsbourg, Jacques Dutronc, Maxime Le Forestier).

pasted image 383x276Plusieurs revues littéraires sont nées au lycée (notamment La Revue blanche, qui a joué un très grand rôle dans l’histoire du symbolisme) et ce sont d’anciens élèves du lycée qui ont lancé le mouvement pictural des Nabis (Edouard Vuillard, Paul Sérusier, Maurice Denis, Ker-Xavier Roussel) ou inventé la mise en scène moderne (Aurélien Lugné-Poe, André Antoine, Jacques Copeau).

Le lycée compte parmi ses anciens élèves trois présidents de la République (Sadi Carnot, Jean Casimir-Périer, Paul Deschanel), plusieurs ministres et de très nombreux grands commis de l’Etat et responsables politiques (parmi lesquels Victor Schoelcher, le baron Haussmann, Ferdinand Buisson, Joseph Caillaux, André Siegfried, André Tardieu, Emmanuel d’Astier de la Vigerie, Olivier Guichard et Jean-Claude Trichet) mais aussi des militants d’extrême gauche (Alain Krivine, Romain Goupil) et l’actuel président de la République du Sénégal, Abdoulaye Wade.

Accueillant depuis le milieu du XIXe siècle un grand nombre d’élèves protestants et israélites, le lycée a joué un rôle éminent dans l’émergence du « franco-judaïsme », dans la constitution du réseau dreyfusard, dans l’histoire de la Ligue des droits de l’homme.

Frappé de plein fouet par la Seconde Guerre mondiale, il a alors perdu 99% de ses élèves juifs (en juillet 1944, l ne restait plus rue du Havre que 4 élèves porteurs de l’étoile jaune). Le polytechnicien Bernard Lévi (X1941) et le professeur de pédiatrie Roger Perelman, rescapé d’Auschwitz, ont raconté dans leurs souvenirs publiés ce gigantesque naufrage. Bertrand Herz, déporté à 14 ans et rescapé de Buchenwald, entré à l’X en 1951, siège aujourd’hui au conseil d’administration du lycée.

Héritier d’une histoire prestigieuse et tragique, le lycée Condorcet ne vit pas enfermé dans ses souvenirs : il continue à former bon nombre de polytechniciens, de centraliens et de normaliens et plusieurs hebdomadaires l’ont mis récemment parmi les meilleurs lycées de France pour la qualité de son enseignement secondaire.

Disons enfin que si ses classes de second cycle ne se sont ouvertes aux jeunes filles que tardivement (au début de la décennie 1970), il en est allé différemment des classes préparatoires : le lycée a accueilli des khâgneuses dès 1924 et une de ces khâgneuses, Clémence Ramnoux, a été en 1927 la première normalienne littéraire de la rue d’Ulm, avant de devenir une grande helléniste.

Cette littéraire a fait une émule du côté des sciences : Anne Chopinet, qui fut reçue première à l’Ecole polytechnique l’année où le concours de l’X fut ouvert pour la première fois aux jeunes filles (en 1972), était élève de mathématiques spéciales à Condorcet. L’actuelle directrice de l’Ecole normale supérieure, Monique Canto-Sperber, a été khâgneuse au lycée.