Voyage en Islande — khâgne moderne

Compte-rendu du voyage de la khâgne moderne en Islande 22-26 octobre 2019

La grande majorité des étudiants de la khâgne moderne a participé à ce voyage, organisé dans le cadre du programme de géographie 2020 de l’ENS-Lyon, Les régions de l’Arctique. L’objectif pédagogique était de prendre contact, concrètement, avec un pays qui fait indiscutablement partie de l’Arctique au sens politique, bien que situé en-deçà du Cercle polaire. L’Islande représentait, en quelque sorte, l’Arctique accessible…

Mardi 22 : de la Rue du Havre au Fjord du havre ?
Le mardi après-midi est occupé par le voyage en avion, puis notre transfert depuis l’aéroport de Keflavik jusqu’à l’Auberge de jeunesse où est logée la plus grande partie du groupe, à Hafnarfjördur, dans la banlieue sud de la capitale Reykjavik.

Hafnarfjördur signifie « le fjord du port » : l’islandais est une langue germanique, et le mot hafnar peut être rapproché de l’allemand Hafen, de l’anglais haven – ou tout simplement du français havre.

Le soir, nous faisons nos courses alimentaires dans un supermarché local, expérience tout-à-fait nouvelle pour certains des achats effectués dans un contexte où les repères habituels font défaut.

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Mercredi 23 : Reykjavik par grand vent.
Au matin, nous prenons l’autobus des transports urbains jusqu’au centre de Reykjavik, où nous avons rendez-vous Tomàs, sympathique jeune guide de l’Association Citywalk qui nous fait découvrir sa ville avec enthousiasme, non sans humour, dans un anglais parfait, ajoutant aux explications d’ordre architectural et urbanistique des commentaires sur la société islandaise actuelle. Les rues commerçantes du centre historique sont quasi-désertes, en cette période de basse-saison de touristique, car peu d’Islandais résident maintenant dans ce quartier en raison de l’augmentation des prix immobiliers, processus dénommé « gentrification touristique » par les géographes.

La démocratie islandaise échappe, jusqu’à présent, à toute inquiétude d’ordre sécuritaire, à tel point que la résidence du Premier Ministre, modeste édifice sans aucun signe distinctif, ne comporte ni clôture, ni le moindre garde, comme nous le découvrons.
L’ancienne prison -remplacée depuis quatre ans seulement par un nouveau bâtiment situé en périphérie de la ville- se présente comme une maison ordinaire, donnant directement sur rue et dont seules les fenêtres sont sommairement grillagées.

Avec Tomàs, nous apprenons aussi que la traduction habituelle du nom de Reykjavik « Baie des fumées » devrait être corrigée en « Baie des vapeurs » : les premiers Vikings arrivés à la fin du IX ème siècle ne pouvaient voir aucune fumée sur ces rivages totalement inhabités – mais ils pouvaient voir de loin la vapeur émanant des sources chaudes.

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Ces deux heures de marche, presque entièrement en plein air, sont déjà quelque peu éprouvantes pour certains, même si la température n’est « que » de 0°C, car le vent soufflant à 70 km/h accroît très nettement la perception du froid.
Les restaurants étant hors de prix, nous pique-niquons dans un lieu abrité : le sous-sol (chauffé) du prestigieux Opéra de Reykjavik, magnifique édifice contemporain en bordure du port, connu sous le nom de Harpa, dont la construction, entreprise peu avant la crise financière de 2008, a dû être interrompue par la crise et n’a été achevée qu’en 2011.

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L’après-midi, après avoir visité le port et pris une boisson chaude, les plus endurants poursuivent le programme et, alors que le vent s’est encore renforcé, atteignent à pied le phare de Grotta, à l’extrémité de la péninsule de Seltjarnarnes, avant de regagner en bus l’Auberge de jeunesse.

Jeudi 24 : Wuthering Heights !
La journée entière est consacrée à une excursion en autocar à travers la campagne islandaise, si l’on peu appeler ainsi les grandes étendues majoritairement inhabitées que nous avons traversées.

L’itinéraire prévu initialement devait nous conduire jusqu’au Parc National de Snaefellsnes, à plus de 150 km au nord-ouest de Reykjavik, mais les conditions météorologiques contraignent le chauffeur de l’autocar à modifier notre programme au dernier moment, car il est absolument exclu de se diriger vers cette région, où les prévisions font état d’un vent à 125 km/h : c’est la toute première tempête de l’hiver, nous dit-on …

Fort heureusement, l’itinéraire de remplacement qui nous est proposé, entièrement dans le sud du pays afin de bénéficier de conditions plus clémentes, comporte des sites tout aussi intéressants.

C’est ainsi que nous découvrons le Parc National de Thingvellir, le plus ancien d’Islande, classé dès 1930, sur le territoire duquel se trouvent à la fois un lieu de mémoire -l’emplacement où se réunissait l’Assemblée du peuple entre le Xème et le XIII ème siècle- et un phénomène géologique exceptionnel -l’emplacement exact du Rift médio-atlantique, la faille majeure de part et d’autre de laquelle les plaques tectoniques Europe et Amérique s’écartent l’une de l’autre depuis l’ère secondaire, avec des émissions de lave qui ont donné naissance à la terre islandaise.

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Notre itinéraire se poursuit avec le site de Geysir (à l’origine du terme devenu en français un nom commun, « geyser »), sur lequel se concentrent des points d’émission de sources chaudes. Le célèbre geyser ne s’est pas manifesté ce jour-là sous forme d’un puissant jet d’eau à la verticale, car ses pulsations intermittentes sont imprévisibles ; mais les sources et leurs nuages de vapeur restent intéressantes à approcher.

L’énergie géothermique revêt une importance extrême dans l’économie islandaise. Captée, elle permet non seulement d’alimenter directement les usagers en eau chaude domestique et de chauffer des serres pour la production de fruits et de légumes, mais également de produire de l’électricité, renouvelable et peu coûteuse.

Paradoxalement, à quelques centaines de mètres de ces sources où l’eau jaillit à à 250°C, c’est dans le froid que nous prenons notre repas, sommairement abrités du vent violent sous l’auvent d’une aire de pique-nique où, heureusement, nous avons la possibilité de faire du feu en toute sécurité.

Dernière halte près des chutes de Gullfoss, extraordinaire succession de cascades sur la rivière Hvita, dont les gouttelettes, en ce début d’hiver, gèlent à mesure qu’elles se déposent sur les parois rocheuses voisines, ce qui rend ce site grandiose plus spectaculaire encore. Des panneaux explicatifs rappellent que ces chutes ont failli disparaître, une compagnie de production électrique ayant projeté, dans les années 1920, d’y construire un barrage hydro-électrique, projet finalement abandonné faute de capitaux.

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Ces différents sites, outre leur beauté naturelle, offrent de bons exemples de « mise en tourisme », avec des aménagements destinés à accueillir, tout en évitant les dégradations environnementales, des flux de visiteurs certes particulièrement concentrés sur les deux mois d’été, mais encore non négligeables fin octobre.

D’un site à l’autre, les trajets nous permettent, depuis l’autocar, d’avoir un aperçu de la « campagne » islandaise : de vastes étendues de montagnes et plateaux totalement dépourvus d’habitations, où la roche volcanique affleure directement, sans formation d’un sol, de sorte que la végétation se limite à des lichens ; et de rares vallées, parsemées de fermes isolées, où la présence d’un sol alluvial permet la pousse de maigres prairies, mais où l’on reste frappé par l’absence d’arbres, à l’exception de quelques parcelles de reboisements anthropiques.
Dans les vallées, quelques troupeaux de moutons, de la race Spaelsau connue pour sa laine extraordinairement épaisse, paissent en plein air alors que la température est de -2°C et que le vent souffle sans discontinuer. En plein air aussi, des troupeaux de petits chevaux islandais, extrêmement résistants au froid, descendant en ligne directe de ceux que les Vikings ont introduit dans l’île au Xe siècle.

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De retour à l’Auberge, ce soir-là, ceux qui ne dormaient pas ont la chance exceptionnelle de voir, vers 22h, une aurore boréale !

Vendredi 25 : repos et échanges culturels.
Après une matinée de « quartier libre », permettant à chacun de doser à son gré repos et flânerie en ville, tout le groupe se retrouve à l’Université d’Islande en début d’après-midi, pour une rencontre avec les étudiants en géographie du Professeur Karl Benediktsson.
Dans un amphi du bâtiment Askja (du nom d’un volcan islandais!) spécialement mis à notre disposition, cinq étudiants et étudiantes de l’Université d’Islande, installés au bureau professoral répondent aux questions des trente-huit khâgneux de Condorcet, sur des thématiques très larges, environnementales et sociétales. Le dialogue, en anglais, est rapidement et aisément amorcé et ne requiert quasiment aucune intervention de la part des professeurs de l’un ou l’autre groupe.

Après une heure et demie d’échanges, nous prenons congé pour nous diriger vers le Musée National, tout proche de l’Université.
Nous y découvrons les collections permanentes rassemblant des milliers d’artefacts, témoignages matériels de l’histoire de l’Islande depuis l’arrivée des premiers navires vikings jusqu’à la période contemporaine. Les explications, bilingues, apportent un éclairage précieux sur le contexte social, politique et, le cas échéant, religieux des objets présentés.

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Au rez-de-chaussée, une exposition temporaire présente les photographies prises en Islande, au tournant des XIXe et XXe siècle, par un négociant britannique du nom de Pike Ward, fin observateur de la vie quotidienne du petit peuple islandais, le plus pauvre d’Europe à l’époque.

Samedi 26 : le retour.
Au petit matin, l’autocar vient nous chercher pour nous conduire à l’aéroport de Keflavik. Le voyage est terminé, non sans avoir survolé toute la côte sud de l’Islande, sans nuages, avec une visibilité remarquable, notamment sur le glacier Vatnajökull.

Un voyage trop court, mais qui laissera à tous les participants des souvenirs durables et qui, outre son intérêt géographique, s’est déroulé dans une ambiance de bonne humeur et de convivialité.